Cette carte montre l'impact d'une inondation sur la commune de Srbac, en Bosnie-Hrezégovine, le 17 mai 2019. Produite par le SERTIT grâce à l'imagerie satellite, elle a permis de soutenir les interventions sur place.

Le service régional de traitement d’image et de télédétection (SERTIT) est spécialisé dans la production d’informations géographiques depuis plus de 30 ans. Rattaché au laboratoire ICube[1], partenaire privilégié de Télécom Physique Strasbourg, il fait partie de l’offre de plateformes technologiques du Carnot Télécom & Société numérique. Son rôle ? Transformer les images satellites brutes en mines d’informations pour éclairer les actions d’aménagement du territoire, de gestion de l’environnement, ou de secours lors des catastrophes naturelles. Mathilde Caspard, ingénieure en télédétection au SERTIT, nous détaille les différentes activités de la plateforme.

 

La plateforme SERTIT permet de produire des informations géographiques : de quoi s’agit-il ?

Mathilde Caspard : Nous utilisons essentiellement des images satellites, que nous analysons et dont nous tirons des informations pour aider différents acteurs à prendre des décisions. Notre service permet par exemple de cartographier le couvert forestier ou les surfaces en eau. Nous pouvons donc éclairer des choix d’aménagement du territoire en fournissant des informations sur l’environnement. Nous avons également des applications liées à la gestion de crise après des catastrophes naturelles, comme des inondations, des feux, des ouragans…

À quoi sert la plateforme dans le cas des gestions de crise ?

MC : Nous participons à des opérations de cartographie rapide. Ce sont des actions qui permettent de mobiliser des satellites rapidement pour produire des cartes post-évènement en un temps restreint. Les images satellites sont utilisées pour extraire l’information géographique évènementielle et la fournir aux organismes qui gèrent les opérations de secours. C’est une action que nous menons notamment dans le cadre du programme européen COPERNICUS Emergency Management Service (EMS). Imaginons qu’il y ait une inondation de grande ampleur en France, une demande sera faite à l’Europe par l’utilisateur autorisé français, la direction générale de la sécurité civile et de la gestion de crise (DGSCGC) pour activer le service de cartographie rapide en urgence. Si la demande est acceptée, le programme européen nous mobilise. Nous devons alors livrer une information sur l’extension de l’inondation, l’état des routes et des ponts, les bâtiments submergés, etc. en moins de dix heures. Le service de cartographie rapide du SERTIT, certifié ISO 9001, est mobilisable 365 jours par an, et 24 h sur 24 pour ce genre de mission.

Concrètement, comment faites-vous pour que le SERTIT réponde aussi rapidement à la demande ?

MC : Dès que nous recevons la donnée satellite, nous commençons des étapes de traitement des images. Nous existons depuis 1986, donc nous avons déjà développé de nombreux outils pour accélérer la production. Nous avons des algorithmes qui nous permettent par exemple d’extraire rapidement les surfaces en eau des images. Dans le cas des feux de forêts, d’autres algorithmes nous aident à identifier les zones brûlées et les zones encore intactes. Ensuite, nous croisons ces informations avec d’autres sources de données, comme des cartographies antérieures à la catastrophe. Cela nous permet de repérer des bâtiments détruits, ou des routes hors d’usage. Une fois toutes ces informations extraites, nous délivrons les informations sous forme de carte et de fichiers que les décideurs vont pouvoir utiliser directement dans leurs systèmes pour organiser les secours.

Cet exemple de carte produite par le SERTIT illustre les informations géographiques qu'il est capable de fournir. Il s'agit ici de la région autour de Chimanimani au Zimbabwe, le 21 mars dernier, après le passage d'un cyclone tropical. Le SERTIT repère les routes bloquées et impraticables, les ponts endommagés, les zones industrielles touchées, les territoires inondés...

Cet exemple de carte produite par le SERTIT illustre les informations géographiques qu’il est capable de fournir. Il s’agit ici de la région autour de Chimanimani au Zimbabwe, le 21 mars dernier, après le passage d’un cyclone tropical. Le SERTIT repère les routes bloquées et impraticables, les ponts endommagés, les zones industrielles touchées, les territoires inondés…

 

Vous n’intervenez que sur des catastrophes qui touchent la France ?

MC : Le programme européen COPERNICUS EMS est un consortium composé de plusieurs sites de production répartis en France, Italie, Allemagne et Espagne. En fonction du nombre et de l’ampleur de l’évènement, plusieurs sites de production peuvent être mobilisés en même temps. Nous pouvons donc être aussi bien mobilisés pour des catastrophes en France ou en Europe que pour des évènements ailleurs dans le monde. La Commission européenne peut en effet porter assistance à des pays hors Union européenne touchés par des catastrophes naturelles. Dans ces cas-là aussi elle mobilise son service de cartographie rapide, car elle a besoin de savoir comment dimensionner son aide. Récemment, nous avons par exemple travaillé sur un cyclone au Mozambique, un autre en Australie, des inondations en Iran, ou encore des feux au Kenya.

Lorsque le SERTIT n’est pas mobilisé sur la gestion de crise, quelles sont les activités de la plateforme ?

MC : Nous avons de nombreuses applications dans l’environnement. Par exemple, nous sommes beaucoup sollicités pour la cartographie du couvert forestier. Nous quantifions les défrichements et les déboisements à un instant donné, et nous les comparons à des données antérieures pour faire du suivi dans le temps. En Alsace, nous discutons beaucoup avec les forestiers car ils intègrent ces données ensuite dans leurs outils d’aide à la décision, et orientent les coupes et les entretiens des forêts en conséquence. De la même façon, nous mesurons les espaces urbains pour accompagner les collectivités dans l’aménagement du territoire. Ces sont des activités historiques du SERTIT. Et parfois, nous avons des demandes ponctuelles, comme par exemple pour faire du suivi spécifique de biodiversité.

Comment les données satellites aident-elles à faire du suivi de la biodiversité ?

MC : Un exemple emblématique est l’aide que nous avons apportée à la sauvegarde du grand hamster d’Alsace. C’est une espèce en voie d’extinction dans notre région car son habitat est menacé. Un programme officiel a donc été mis en place pour aider à la réintroduction du hamster. Des associations ont effectué un travail de repérage des terriers en les marquant avec des points GPS. De notre côté, nous avons créé des indicateurs de survie en fonction des informations géographiques associées à ces points GPS. Notamment, le hamster se nourrit exclusivement de blé et de luzerne, et ne se déplace pas à plus de 300 mètres de son terrier. Nous avons donc évalué les endroits les plus propices à la survie des hamsters en sortie d’hibernation en fonction des environs des terriers. Au-delà de cette action, nous avons également travaillé à une cartographie fine de la végétation sur l’Eurométropole de Strasbourg. Elle a été utilisée pour créer des corridors  écologiques permettant la circulation des espèces au sein du territoire urbanisé.

D’où viennent les données satellites que vous utilisez au SERTIT pour toutes ces applications ?

MC : Le programme européen COPERNICUS dispose d’une flotte de satellites d’observation de la Terre aux caractéristiques variées — pas seulement pour la cartographie rapide lors des catastrophes. C’est quelque chose d’unique au monde car en plus les images sont gratuites. En revanche, elles n’ont pas toujours une résolution très fine. Nous utilisons donc en parallèle, des images commerciales fournies par des industriels comme Airbus ou DigitalGlobe, dont les images sont de résolution plus fines. Tout dépend de l’objectif escompté : rapidité d’obtention de l’image, large champ, précision… Et dans certains cas de cartographie rapide, nous avons à disposition, en plus de tout cela, des images acquises dans le cadre de la « Charte Internationale Espace et Catastrophes Majeures » qui regroupe 16 agences spatiales. Elle permet une collaboration internationale pour fournir gratuitement des images satellites afin d’aider au mieux les actions de secours.

 

[1] ICube-UMR 7357 est une unité mixte de recherche sous la cotutelle de l’université de Strasbourg, du CNRS, de l’ENGEES et de l’INSA de Strasbourg


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