Secteur majeur de l’industrie numérique, la mobilité est un marché convoité par de nombreuses jeunes pousses. LittleThumb ne fait pas exception. Cette start-up, co-créée par des chercheurs de Télécom SudParis souhaite amener l’aide à la navigation à l’intérieur même des bâtiments. Pour ce faire, elle base sa stratégie sur les communications radios très courte distance (NFC). Une solution à faible coût, permettant un déploiement à grande échelle.

 

Arriver dans un grand bâtiment pour un rendez-vous dix minutes en avance. Demander son chemin à l’accueil. Se perdre. Trouver un étage : le mauvais. Se perdre à nouveau. Demander de l’aide à une personne qui passe par là. Se rendre compte que ce n’est pas la bonne aile du bâtiment… Et au final arriver dix minutes en retard. Tout semblait pourtant bien parti : le GPS avait fait son travail du domicile au lieu de rendez-vous. Mais une fois à l’intérieur du bâtiment, c’est une autre histoire.

Ce scénario est bel et bien inspiré de faits réels. En 2014, l’agence de santé publique britannique (NHS) estimait à 6,9 millions le nombre de rendez-vous manqués par les patients ambulatoires dans les hôpitaux du Royaume-Uni. Un problème en grande partie attribué au manque de moyens d’orientation au sein même des bâtiments d’après les médecins interrogés par des chercheurs de l’université de Nottingham.

Bien entendu, le cas n’est pas spécifique aux hôpitaux. Citons, à la volée, les campus d’université aux longs couloirs similaires, certains locaux labyrinthiques de l’Administration, ou encore les grands complexes industriels. Autant d’exemples qui rappelleront à tout un chacun des heures sombres passées dans des corridors interminables. C’est précisément afin d’éviter ces moments désagréables que la start-up LittleThumb a vu le jour. Fondée par des chercheurs de Télécom SudParis et un ancien de NavTeq, et incubée depuis 2014 à l’IMT Starter, elle propose une solution de géolocalisation et de cartographie en intérieur.

La jeune pousse s’appuie pour cela sur une application mobile éponyme, et sur un réseau de puces communicantes en champ proche (NFC). Ces capteurs, que LittleThumb compte placer au sein des bâtiments souhaitant mettre en place le système d’orientation en intérieur, contiennent sur quelques kilooctets la carte des lieux et leurs positions sur celle-ci. En approchant un smartphone à quelques centimètres d’une puce, l’application reçoit ces informations et peut ainsi positionner l’utilisateur dans les locaux. Il est alors possible de configurer une destination dans le bâtiment pour se faire conseiller le trajet le plus court. Couplé au gyroscope du smartphone, le service peut même vous indiquer dans quelle direction vous orienter pour partir dans le bon sens.

La meilleure solution est parfois la plus simple

Nel Samama, co-fondateur de la start-up et chercheur à Télécom SudParis, reconnaît lui-même que « l’originalité de l’idée tient surtout dans sa simplicité, car la technologie utilisée derrière n’a rien de révolutionnaire. » Mais c’est justement la frugalité de la solution qui fait ses qualités. Économiquement, les puces NFC ne coûtent que quelques centimes d’euros et ne nécessitent aucune alimentation électrique pendant ses 25 ans de durée de vie. À l’inverse, « la mise en place d’un système de localisation par Wifi demande l’installation de bornes qui valent une centaine d’euros chacune, avec un coût pour le câblage et la configuration qui peut se compter en milliers d’euros » rappelle Nel Samama.

Autre avantage : la protection des données personnelles. Premièrement, la connexion entre le smartphone et la puce NFC — souvent placée sur un mur — ne s’effectue que lorsque la distance entre les deux est inférieure à 4 ou 5 centimètres. Il faut donc que l’utilisateur approche volontairement son mobile pour être localisé. Ensuite, le système mis en place ne permet pas le suivi en temps réel, puisque la position n’est indiquée qu’à proximité d’une borne. Aucune donnée de mobilité n’est donc enregistrée de façon passive.

Pour convaincre, LittleThumb n’avance pas que l’argument du service à l’utilisateur, mais aussi celui du gain de productivité sur les lieux de travail. Pour reprendre l’exemple des patients ambulatoires évoqué au début de cet article, chaque visite manquée représente en moyenne une perte de 108 livres sterling, soit 122 euros pour les hôpitaux selon la NHS. L’amélioration de l’image entre aussi en jeu. Nel Samama pointe par exemple une discussion menée avec un grand campus universitaire parisien : « Pour un tel établissement, qui fait régulièrement venir des intervenants extérieurs, il est important que ceux-ci aient une bonne expérience dans les locaux. »

La start-up vise de nombreux marchés en plus des bâtiments conventionnels : parcs d’attraction, parkings souterrains. Le tout sera d’arriver à convaincre les décideurs pour équiper les infrastructures : l’un des challenges à venir étant d’arriver à s’implanter dans suffisamment de lieux pour créer chez l’utilisateur une habitude d’utilisation. Si elle y parvient, elle pourrait alors permettre de pousser l’apport de la mobilité dû au numérique un cran en avant.

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